AGNES MARTIN, AUTEUR INTERPRETE
 

LIRE MES PAROLES :

POURQUOI DES PAROLES DE CHANSONS ?
Amoureuse de poésie et de mots qui chantent, admiratrice passionnée de Barbara et Léo Ferré, j’ai pris le chemin de l’écriture de chansons en Mai 2001, en ignorant tout de ce métier.
J’avais envie de grandir et de m’adresser à un public d’adultes pour changer. J’avais surtout envie de parler d’amour, comme une femme, enfin… J’ai envoyé de simples poèmes aux plus grands éditeurs de chansons.
Trois jours plus tard, j’étais contactée par Jérôme Labory de chez Warner Chappell qui me proposait de collaborer à l’écriture d’un Cd. Il manquait des textes pour 6 chansons et il était prêt à m’envoyer du yaourt pour que je puisse me mettre au travail. Interloquée à l’idée de recevoir des laitages par la poste, mais électrisée par une réaction aussi rapide à ma première tentative, je me suis lancée dans l’aventure.

4 ans plus tard, même si je sais, enfin, ce qu’est du «Yaourt» en composition de chansons, je ne suis pas encore devenue une parolière chantée sur les ondes ou les scènes musicales, mais j’ai vécu des rencontres fabuleuses, j’ai frôlé plusieurs fois la réalisation de mes rêves les plus fous et j’ai connu aussi des déceptions inouïes.
Mais, par-dessus tout, j’ai été encouragée, formée et aidée maintes fois par des gens que j’admire.
Gérard Davoust, président des éditions Raoul Breton, l’éditeur de Lynda Lemay, a lu mes textes et a écouté la maquette de ma première chanson enregistrée «Venise».
Il m’a rapidement appelée, reçue à plusieurs reprises, expliqué le fonctionnement de ce métier. Il a fait pour moi tout son possible, notamment pour cette chanson «Venise» qu’il aime beaucoup, je crois et dont il m’a prédit qu’elle deviendrait un tube, un jour…

Gérard Davoust m’a surtout donné envie de faire ce métier.

C’est grâce à lui que j’ai pu rejoindre rapidement les ateliers d’écriture de Claude Lesmele, à la SACEM.
Et là, j’ai eu le sentiment fou, à l’âge de 42 ans, d’avoir trouvé ma famille. 25 personnes réunies autour d’une table pendant 4 heures, chaque semaine, pour ciseler des bijoux de mots !
J’étais impressionnée comme une petite fille qui fait sa première rentrée, mais très vite, je me suis vraiment régalée !
J’ai éprouvé un bonheur incroyable à entendre Claude Lesmele expliquer la composition de textes de chansons, mettre en évidence les raccourcis, les styles, la technique d’écriture de ces petits textes de 3 minutes qui ont la densité d’une vie, s’ils sont bien écrits ! Quand on lit à Claude Lemesle un texte que l’on a écrit, il l’entend de maintes façons: musicalement, il sait tout de suite si un vers boîte; poétiquement, il est ému par la moindre brise mais surtout, il entend et respecte la personnalité de chacun. Il critique sans décourager.

Quel plaisir d’être nourrie et formée par un parolier passionné autant par son métier que par la transmission de ce qu’il sait et de ce qu’il aime.
De mars à juin 2003, je quittais le mardi à midi, «mon» Chambon sur Lignon, pour prendre le TGV à Lyon et être de 20 h à minuit à la Sacem, avec dans mon sac, le texte écrit les jours précédents sur un sujet de Claude.
C’est comme ça que j’ai écrit «Lettre d’une inconnue», «La lune», «La grande retouche», «L’homme du TGV».
C’est génial, quand on est une paresseuse comme moi, qui attend l’inspiration, d’avoir un sujet ! Surtout, s’il est de Claude !

J’ai pu aussi, grâce à Claude rencontrer des gens du métier:
Michel Fugain, Pascal Légitimus, Arlette Tabar et d’autres, mais surtout Etienne Roda-Gil ! Ohlala, j’en frissonne encore ! J’étais assise juste à côté de lui. J’ai pu lui parler de Barbara, pour qui il avait écrit «Le bourreau». Il a dit d’elle: «C’était une grande amoureuse !» J’en étais sûre !

Il a dit aussi, ce soir là:
«- Etre parolier, c’est renoncer aux feux de la scène (là, j’ai un peu de mal) et affirmer qu’en soi, c’est, par dessus tout, l’adolescent qui continue à vivre et qui ne mourra jamais !» Message bien reçu !
Il a surtout été généreux, plein de lumière, d’insolence et de poésie.
Quelques heures avant l’annonce, par les médias, de son départ pour des contrées célestes, je me suis surprise à chanter «Toute ma vie s’est arrêtée, comme s’arrêterait l’histoire...».

Je me suis dit :
- Tiens, pourquoi je chante ça ?
Et après, j’ai appris la triste nouvelle…
C’est étrange.
Je sais aussi qu’un de ses fils s’appelle Numa, comme un des miens. Voilà.
Et puis, je n’oublierai jamais ses gestes joyeux de la main, quand il nous croisait à la Sacem, nous, le groupe d’apprentis paroliers, comme pour nous dire, «En avant !»
Ouvrons la rubrique: «Allez, il vaut mieux en rire !»

Voilà, sur ma route de parolière, tout ce à quoi j’ai cru et qui n’a pas marché:
De contacts en rencontres, de hasards en opportunités, j’ai été amenée à écrire pour des projets et à rêver très fort, très haut…

- J’ai cru que Patrick Bruel allait chanter Venise (adaptation de la chanson de Tim Ambler en langue française) !

- J’ai cru que j’allais faire de Tim Ambler, ( l’auteur-compositeur-interprète de «The corner», chanson écrite en anglais et que j’ai adaptée sous le titre «Venise»), une star en France.

- J’étais certaine que le CD «Les rêves de Domino», autoproduit et enregistré à Dublin, allait entrer au TOP 50 et que les chansons (12, chantées par Tim et dont j’avais écrit les textes) passeraient en boucle sur les ondes. Résultats : une 20 taine de CD vendus, quelques passages sur des radios locales…

- J’ai cru que Mireille Mathieu allait chanter mes textes sur son CD, sorti en 2003.

- J’ai cru que Souad Massi allait chanter la version française que j’avais écrite pour une de ses chansons en arabe.

- J’ai cru que Juliette Gréco allait chanter «Les amants de la mer».

- J’ai cru que Jean Jallin, de la Star Ac, allait chanter «Tous les chemins mènent à l’Amour».

En 2004, découragée, épuisée, je me sens incapable, nulle, inadaptée à la chanson.
Et puis, j’ai deux gros problèmes: je ne chante pas et je ne suis pas musicienne.
Voilà les sombres pensées qui tournent alors, dans ma tête de parolière ratée :

- Ecrire pour d’autres des textes tellement personnels… A quoi bon…

- Les gens que j’admire le plus dans la chanson sont auteur compositeur interprète… Ils n’ont pas besoin de moi.

- Placer une chanson auprès des maisons de disques quand on est personne est impossible, les places sont prises, verrouillées.

- Qu’est ce que j’ai donc à dire en chanson de si important que je ne pourrai même pas chanter, moi-même…

- En pleine euphorie, quand j’ai déployé des forces de géante, et que j’y croyais, je ne suis arrivée à rien.

Alors, aujourd’hui, où comme dirait barbara «J’ai l’âme grise», qu’est ce que j’espère…
C’était à un tel point que je ne voulais, ni ne pouvait plus parler chansons.

Au milieu de ce marasme, Claude Lemesle accepte que je suive ses ateliers «par correspondance», il maintient avec moi ce lien d’encouragement à un avenir plus radieux.
Et j’écris quelques textes au premier trimestre 2004.
Gérard Davoust les lit, m’encourage, me dit que j’ai progressé, que je suis prête…

Alors, où en suis-je à cette rentrée 2005 ?
En septembre 2002, j’écrivais :
«J’ai envie de tourner une nouvelle page de l’histoire de ma vie.
Une envie folle de grandir,
de prendre la parole pour dire au monde et au destin
ce que je rêve, ce que je pleure,
ce qui en moi crie.
Une envie tendre de parler aux Anges et au Diable,
aux hommes que j’aime et que je veux jusqu’au délire aimer.
Une envie folle d’arbres et de poésie.
Une envie folle de respirer et de caler mes mots et mon souffle
sur la respiration et le souffle
de ces êtres de douleurs et de beauté,
de grâce et de naïveté que sont
Piaf, Ferré, Brassens.
Une envie folle de m’asseoir contre le piano de Barbara
pour qu’elle me prenne un peu, oh, oui,
dans ses bras.
Une envie folle de me savoir de chez eux.
Car seule cette prétention folle,
cette soif éperdue de me rouler avec eux
dans la prairie des mots qui chantent
peut me donner encore l’énergie et le courage
de vivre jusqu’à demain
dans l’espoir insensé de voir enfin se lever
le matin bleu où tout sera sauvé.
J’ai peur mais je plonge,
pour avancer au cœur de moi-même,
vers eux,
mais aussi vers vous,
vers vous !»

Le 1er septembre 2005,
je ne veux pas changer une virgule à ce texte.
Le voilà qui jaillit de moi, comme si c’était la première fois.
Je suis revenue.

DERNIERS TEXTES :


PARIS

C’est en septembre que j’ai déposé les larmes,
Le désespoir que seule la douceur désarme.
L’immense ville fleuve où j’allais me noyer,
Si fatiguée, blessée, animale, traquée,
L’immense ville, Paris, pour moi s’est fait tendre :
J’ai déposé les larmes, c’était en septembre.

Soudain, voilà Paris,
A la tombée du jour,
Qui m’approche sans bruit,
C’est Paris qui accourt,
Qui écarte les gens.
C’est Paris qui m’attend,
Qui réchauffe le vent.
Et c’est le macadam
Qui redevient tapis
Qui déroule ses charmes
Et puis qui me sourit.
C’est Paris qui s’élance
Oui, c’est Paris, immense,
Pour que je reste en vie
qui se fait tout petit.
A la tombée du jour
Oh, c’est Paris-velours.

C’est Paris qui m’entraîne
Dans l’une de ses rues,
Bien cachée, imprévue
Sous la vigne sereine.
Et c’est Paris-village
Qui grimpe les étages
Qui ouvre le passage
Vers le ciel, les nuages.
Et c’est Paris secret
Paris rien que pour moi,
Paris qui était là
Et que je n’savais pas,
Qui répare la violence
qui m’enveloppe de silence.
Paris qui me guérit
Et c’est Paris-bonne nuit

Soudain, voilà Paris,
Dans le petit matin,
Qui m’apporte en cadeau
L’automne qui nous revient
Sur les ailes des oiseaux
C’est Paris magicien
L’odeur du café chaud
C’est Paris qui me dit
Qu’un jour le chagrin meurt
Pourquoi pas aujourd’hui,
Pourquoi pas de bonne heure
Sous le ciel un peu gris,
Qui fredonne à mi-voix
Un air de Barbara.

C’est Paris dans mes bras,
La lumière presque mauve,..
Septembre comme de la soie,
Et c’est Paris alcôve.
C’est Paris qui me touche
C’est Paris bouche-à-bouche
Qui parle du bout des doigts
qui murmure « rappelle-toi,
Qu’il y a des matins
Pour renaître à Paris,
Lorsque Paris vous vient
Du bonheur sur les mains. »

C’est en septembre que j’ai déposé les larmes,
Le désespoir que seule la douceur désarme.
L’immense ville fleuve où j’allais me noyer,
Si fatiguée, blessée, animale, traquée,
L’immense ville, Paris, s’est fait tellement tendre…
J’ai déposé les larmes, c’était en septembre.

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DÉSIR ROUGE

Mes cheveux sont assez longs,
J’ai attendu tout l’automne.
Un grand feu dans ma maison
Réchauffe mon corps qui frissonne.
Des flammes dansent comme des serpents,
J’attends depuis si longtemps
Et les rideaux de soie rouge
Imperceptiblement bougent…

C’est cette nuit,
La nuit l’a dit.
C’est cette nuit,
Le feu le croit.
La nuit qui bouge,
Le feu qui bat,
Le désir rouge,
Tout dit tout bas :
« Tu l’attends depuis longtemps,
Le voilà, ton bel amant »

Mes cheveux sont assez longs
Pour recouvrir son corps comme
Le feu de la déraison
Embrase les arbres en automne.
Les rideaux comme des serpents
Et d’immenses flammes rouge sang
Dansent la danse des amants
Et moi j’attends, je l’attends.

Est-ce bien lui,
Est-ce son pas ?
Et cette braise sous la cendre,
Est-ce sa bouche en décembre ?

C’est cette nuit,
La nuit l’a dit.
C’est cette nuit,
Mais la nuit ment.
Le désir rouge,
Le désir bouge
Comme la bouche
D’un bel amant.
J’ai attendu trop longtemps,
J’sais pas pourquoi, la nuit ment…

Mes cheveux sont bien trop longs,
Inutiles dans l’automne.
Le grand feu dans ma maison
Meurt sous la nuit qui frissonne.
Une à une ses flammes s’éteignent,
Comme les étoiles de décembre.
S’il reste une braise sous la cendre,
C’est un peu de bois qui saigne…

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J’AIME LES GENS QUI S’AIMENT

3’27 Paroles Agnès Bertron / Musique Tim Ambler

Ils renversent les murs,
Les couloirs. Ils assurent :
Caresses cachemire
Les tissus qui soupirent
Et les vagues de leurs mains
Carbone lancées soudain
Comme des injures

Rien ne mourra vraiment
Définitivement
Tant que leurs ombres
Sous les bombes de ce monde
Auront ce bruit léger
Comme une fontaine d’été
D’amour éclaboussé

J’aime les gens qui s’aiment
Leurs dégaines, corps collés
J’aime les gens qui s’aiment
Touchants à se toucher
J’aime les gens qui s’aiment
Leurs corps comme des fontaines
Leurs baisers montent au ciel
Eclaboussent la haine

Bombes à l’envers contre l’enfer
Tombé sur terre. Baiser d’un baiser
Le ciel d’acier !
Une pétition d’Amour, signez !
Exécution ! Baisez d’un baiser
Le ciel blessé !

.J’aime les gens qui s’aiment
Leurs dégaines, corps collés
J’aime les gens qui s’aiment
Touchants à se toucher
J’aime les gens qui s’aiment
Leurs corps comme des fontaines
Leurs baisers montent au ciel
Eclaboussent la haine.....

Et les vagues de leurs mains
Carbone lancées soudain
Comme des injures

J’aime les gens qui s’aiment
Leurs dégaines, corps collés
J’aime les gens qui s’aiment
Touchants à se toucher
J’aime les gens qui s’aiment
Leurs corps comme des fontaines
Leurs baisers montent au ciel
Eclaboussent la haine

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JE SUIS VOUS

On ne le voit pas, il est partout,
Tellement violent et tellement doux,
Parfois, il arrache des soupirs,
Des confidences et des gémissements de plaisir
Aux arbres qu’il enlace, le vent !
Parfois il donne, parfois il prend.
On ne le voit pas, il est partout,
Il sait se mélanger à tout.
Mais jamais, jamais aussi bien que moi à vous.

Qui reconnaîtra le mien du vous ?
Je suis vous.
Où vous voulez,
quand vous voudrez.
Je me suis perdu en vous,
à vous aimer,
m’aimez-vous, vous ?
Moi, Je suis vous.

Et vous fixiez les rendez-vous.
Contre la fenêtre un caillou,
Et puis sur l’océan de vous
Tant de vagues et tant de tempêtes et après tout,
une île pour m’échouer avec vous.
C’est moi qui me suis appliqué,
à être vous, tant appliqué...
J’étais si bien mêlé à vous.
Avouez que vous y avez, vous aussi, pris goût !

Qui reconnaîtra le mien du vous ?
Je suis vous.
Où vous voulez,
quand vous voudrez.
Je me suis perdu en vous,
à vous aimer,
m’aimez-vous, vous ?
Moi, Je suis vous.

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L’ HOMME DU TGV

J’suis montée dans l’train
Des sacs plein les mains.
J’me suis écroulée,
Rouge et essoufflée,
Dans l’fauteuil 27,
Du côté fenêtre.
Encore un voyage,
Crevée et en nage.

Pas mal, l’homme d’affaire:
Grande bouche, regard vert.
Je me l’ferais bien !
Mes yeux dans les siens,
J’rêvais, l’air mutin,
D’faire l’amour dans l’train,
Avec un monsieur
Qui n’était pas l’mien.

Quand ...

Elle est arrivée,
Grande et bien sapée,
Avec des lunettes
Posées en serre-tête.
Dans l’fauteuil 22,
Face au beau monsieur,
Elle s’est installée,
L’air très occupée.

Corsage impeccable
Et un Mac portable,
Elle m’impressionnait !
Mais le sourire niais
De l’homme aux yeux verts
M’a mise en colère !
Pour une jupe fendue,
Mais quel air cucul !

Je le vois qui fond,
Qui fait le mignon.
Il la baratine
De phrases anodines.
Quand le train démarre,
Il regarde ses seins,
Sourit, se dandine !
Non, mais j’hallucine !

Il lèche son coca,
Avec des yeux d’chat.
N’est-il pas trognon...
Ce n’est pas cochon,
S’il lance le mot “fesse”,
D’une bouche minuscule,
C’est qu’il parle business !
Il est ridicule !

Pas besoin d’être née
De la dernière pluie
Pour avoir compris
Sa petite idée.
Tout son corps raconte
Son désir qui monte.
Dans l’compartiment,
C’en est dégoûtant !

Mais quelle indécence :
Il porte une alliance !
Qu’il lui parle de cul,
Qu’il lui saute dessus !
Je n’me sens pas bien ...
Ce n’est pas le mien,
mais cet homme infâme
A tout de même une femme !

Le train entre en gare
Et sans crier gare,
Je me suis levée,
Je l’ai aspergé
D’une giclée d’Coca !
“Non mais, ça va pas ?”
M’a dit le monsieur .
Oh, si ! ça va mieux,
Beaucoup mieux, Monsieur !

Faut pas faire confiance
A un homme marié !
Même le TGV
Est plein de dangers .
Inquiète, j’ai filé
Rejoindre mon homme
Qui rentrait de Rome
Par un train bondé
De jolies poupées !
Alors, j’ai volé
Retrouver mon homme
Qui rentrait de Rome !

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La gamine aux yeux marine

3’ 30 Paroles Agnès Bertron Musique Tim Ambler
Copyright New Pastures Productions


Elle court, elle court. Je suis tout pour elle.
Dans mes bras, le beau voyage,
Je suis son monde et ses merveilles,
Je suis la mer et ses nuages.
J’ai quitté les bras d’une gamine,
Le monde est plus grand que ses yeux bleu marine.
Elle voyait le monde à l’envers, dans mes yeux clairs,
La gamine au regard marine et en blue jean.
J’étais l’amour d’une femme-enfant, son univers,
Ses voyages, sa prière, son île, son dream.

Je cours, je cours, loin, très loin d’elle.
L’aventure et les voyages.
Je veux le monde et ses merveilles,
Les amours et les naufrages.

J’ai quitté les bras d’une gamine
Pour le monde plus grand que ses yeux bleu marine.
Elle aimait le monde à l’envers dans mes yeux clairs,
La gamine au regard marine et en blue jean.
J’étais l’amour d’une femme-enfant, son univers,
ses voyages, sa prière, son île, son spleen.

Mais, maintenant, c’est moi qui la cherche ....

Je cherche les bras d’une gamine.
Le monde est moins grand que ses yeux bleu marine,
Bleu marine.
Je veux voir le monde à l’envers, dans la lumière
D’une gamine au regard marine et en blue jean.
Je veux l’amour d’une femme-enfant, son univers,
ses rivages, sa lumière, ses yeux, mon dream...

Je cherche les bras d’une gamine !

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LA LUNE

Cela fait des lustres qu’elle empoisonne les hommes.
J’espère qu’elle va bientôt payer
Pour le fiel, le poison qu’elle déverse sur nos pommes.

Regardez-là qui joue les divines,
Poudrée, sublime,
Délicate et anodine.

Regardez-là, la garce maquillée,
La diablesse planquée
Dans le ciel satiné
De l’Eternité.

Ecoutez-moi, écoutez-moi,
La lune n’est pas ce que l’on croit.

Elle ment, elle brise,
Elle blesse, elle ruine.
C’est une hypocrite,
Un masque fariné,
C’est la mort subite,
Le mal déguisé.

Cet oeil dans la nuit,
Ce flic, cet indic
Au sourire vertical,
C’est la femme du mal !

Ecoutez-moi, écoutez-moi,
La lune n’est pas ce que l’on croit.

Elle fait des manières,
Elle joue les boutonnières,
Les sourires de Juin,
Les disques de lumière,
L’ hostie pour chérubins.
Pourtant pas de quoi être fière !

Ce sont les soirs de lune
Qu’on nous pique nos mecs,
Qu’on s’retrouve à sec,
Sans amis, sans tunes.

On doit à la Lune,
Les soirs d’infortune
Où tout est biaisé, vicié,
Sali, pourri, trahi,
Où même les archanges
Se sentent venir l’envie
De faire des saloperies !

Ecoutez-moi, écoutez-moi,
La lune n’est pas ce que l’on croit.

Qui d’autre que le Diable
Planterait dans l’infini céleste,
Une verrue aussi impeccable,
Un accroc aussi indigeste
Qu’un camembert,
Mais avec une mine respectable !

La lune, avec son oeil de chat,
Cette fausse timide
Est une coquine !

Elle a des caresses perverses,
Vous suce la tendresse
Comme un diabolo fesse.
Et vous recrache, franco,
Du pur suc de diablesse !

Ecoutez-moi, écoutez-moi,
La lune n’est pas ce que l’on croit !

Pauvres poètes, pauvres fous.
Pauvre Villon,
Pauvre Verlaine, avec leurs vies de misères
Et de peines,
Leurs vies de cons !

A cause de qui ?
De celle qu’ils ont pris
Comme Muse
Et qui n’était qu’une chipie,
Un sac de ruses,
Une croqueuse de génie .

La Lune est, ce que je sais !
Et c’en est assez,
De sa lumière poisseuse et froide,
Du fiel qu’elle déverse
Par la fente perverse
Dont elle abîme et perce
Les draps nuit de nos caresses.

La lune, c’est le sexe
Obscène et grandissant
Dont naissent
Les maux les plus infâmes
Et les plus effrayants.

Les loups hurlent
Et moi, un jour, j’aurai sa peau !

Un jour, je monterai là-haut
Et de tout le bleu dont je suis capable,
De tout le noir dont je souffre,
J’effacerai, oui, j’effacerai la Lune !

Alors nous serons enfin peinards
Sous la pureté du velours retrouvé.
Nous serons enfin libres
Pour le rendez-vous,
Si souvent manqué
Avec ce dieu enfantin
Qui chaque nuit sanglote des étoiles,
Là-haut à nous attendre
Derrière le ciel tendre.

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LE VIEIL HOMME AUX MAINS CHAUDES

C’est un vieil homme aux mains chaudes,
qui guérissent et se posent,
de la chaleur exacte
qui rend bonne toute chose.

Toujours de garde, en vigilance,
il est d’urgence.
Il vient et il repart.
Pour quelqu’un, quelque part,
qui a besoin de lui,
dans le soir,
dans la nuit.
Qui a besoin de lui,
c’est à cause de la Vie
qui blesse et fait souffrir
qui blesse et fait mourir.
Alors, il va, repart,
aimer avec ses yeux,
guérir avec ses mains.

Mais toujours, sur le seuil, il revient,
avec ses bras ouverts,
qui me prennent, qui me serrent.
Il me parle de la mort.
Il me dit: “Ce n’est rien,
c’est la Vie qui fait mal,
C’est elle qui fait souffrir.
C’est son rôle, elle le doit,
C’est pour nous faire grandir.

Un jour, sur le vieil homme aussi,
la vie s’est abattue,
à coups de maladies, tant de fois combattue.
Je suis seule sur le seuil,
dans mon chagrin-coquille,
égoïste, inutile,
à taper, à crier, qu’il est mort trop vite
que je suis trop petite.
et que jamais, jamais, il me l’avait promis,
et que jamais je n’voulais qu’il me quitte,
surtout pas aujourd’hui
où je suis si petite.

Mais doux, plus doux que tout,
sur ma joue se pose,
invisible et chaude,
la main tellement aimée
et plus doux qu’une prière,
à peine articulés, résonnent les mots
du vieil homme mon père:
- Ne pleure pas, je suis là,
plus de chagrin-coquille.
Je suis là, ne pleure pas,
ma toute petite fille.

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Les rêves de Domino

3’ 04 Paroles Agnès Bertron Musique Tim Ambler


Dans la pénombre, dort Domino.
Dans la pénombre, dors ma Domino !
Moi je me glisse sous tes paupières mauves
Comme un rayon fauve de lumière vagabonde.

Je plonge dans tes songes
Comme un clandestin.
Tes rêves coulent dans mes veines
comme coule le ciel.

Quels satanés frissons,
Fantasmes tendres et cruels,
Vers où me mèneront
Les rêves de Domino ?

Dans la nuit sombre, dort Domino.
Dans la nuit sombre, dors, oh ! ma Domino.
Moi je me glisse contre ta peau de soie.

Je plonge dans la fièvre
D’un dieu clandestin.
Tes rêves tissent ma nuit
Comme le destin.

Quelles satanées visions
Absinthes tendres et cruelles
Vers où me mèneront
Ses rêves polissons.

Moi je me glisse sous ses paupières mauves
Comme un rayon fauve de lumière vagabonde.
J’avance avec délice
Jusqu’au matin.
Ses rêves coulent dans mes veines
Comme un parfum.
Quel satané frisson
Sous les épices de ta peau !
Tes rêves, oh, ma Domino...
Sentent le café chaud.

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